« 24 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 181-182], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5502, page consultée le 04 mai 2026.
24 septembre [1844], mardi soir, 5 h.
Je te verrai ce soir, mon bon petit homme. J’aurai même le plaisir de te voir brouter, ce qui est une chose pleine de charme pour moi, mais,
hélas ! je crains bien d’être forcée d’acheter ce petit moment de bonheur futur par
celui de tout à l’heure. Il est probable que tu ne viendras pas avant l’heure de ton
souper, du moins j’en ai peur ? Je ne grogne pas, je ne suis pas méchante, je ne
t’accuse pas, seulement je suis triste et je sens que je le serai jusqu’au moment
où
je te verrai.
Je n’ai pas encore écrit à Mlle Hureau ; car, quoique tu en
dises, il y a encore différentes manières d’interpréter avec elle le résultat de la
démarche que j’ai faite hier auprès de sa sœur1. Je voudrais avoir là-dessus un bon avis de toi ; ce soir si
tu n’es pas trop fatiguée et si cela ne t’ennuie pas trop, je te prierai de me dire
ce
que je dois faire. J’ai vu la penaillonsauvage ce matin. Je lui ai encore parlé de ta toile. Elle
m’a promis d’y penser dès que l’occasion s’en présenterait. En outre, j’ai là une
lettre que je crois de Mme Triger et que je n’ai pas pensé à te montrer quant tu es venu tantôt.
J’attends que tu sois là pour l’ouvrir.
Voilà, mon Toto adoré, l’état sanitaire de ma maison. J’attends dans ce moment-ci le linge
de la mère Lanvin. Je voudrais qu’il vînt
avant la nuit ferme pour savoir s’il est plus blanc que la dernière fois. Je ne
voudrais pourtant pas les tourmenter, ces malheureux gens, mais, d’un autre côté,
il
m’est impossible de pousser la générosité et le dévouement jusqu’à mettre du linge
bleu et fétide.
Pauvre ange,
je t’entretiens de toutes ces misères comme si elles pouvaient t’intéresser. Je t’aime
mon Victor chéri. Je t’adore mon cher petit homme. Voilà le commencement, le milieu
et
la fin de toutes mes pensées. Je baise tes chers petits pieds.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
